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Test – Cthulhu : The Cosmic Abyss : R’lyeh ou la cité des bugs.

Temps de lecture : 9 minutes

Parce que Lovecraft est une passion qui va à merveille avec le monde du jeu vidéo, nombreux sont ceux qui s’en sont inspirés. Et bien souvent en s’intéressant de près à la créature des tréfonds, Cthulhu. Moi‑même passionnément amoureuse de cet univers, il était donc évident que je n’allais pas passer à côté d’un nouveau jeu nous amenant sous la surface pour approcher la cité engloutie où « Cthulhu rêve et attend » aka R’lyeh. Développé par Big Bad Wolf et édité par Nacon, Cthulhu : The Cosmic Abyss vient engloutir nos consoles et PC le 16 avril 2026 ! À votre avis, ai‑je succombé à la folie ?

« Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn »

Test réalisé sur PS5, PS5 Pro et PS Portal, à l’aide d’une version numérique offerte par l’éditeur que nous remercions.

L’éveil du tentaculaire pour 2053 ?

Cthulhu : The Cosmic Abyss se déroule en 2053. Dans un futur où l’humanité s’enfonce dans les abysses pour pomper les ressources du fond des océans. Nous y incarnons Noah, un agent d’élite d’ANCILE. Une organisation secrète chargée de surveiller les affaires surnaturelles et occultes qui menacent la stabilité du monde. Dans un tuto assez bien manié pour nous éloigner le plus possible du corps du jeu, nous suivons Elsa, notre mentor, dans une petite maison abandonnée au milieu des marais. Une collègue ne donne plus aucun signe de vie et c’est à nous de découvrir ce qu’elle est devenue. Sans spoiler ici, même si ce n’est que l’ouverture du jeu, nous enchaînons donc rapidement sur une nouvelle enquête ! La mystérieuse disparition d’une équipe de forage toute entière, cette fois dans une station minière immergée au large du Pacifique.

Le véritable thème du jeu se dévoile alors : Noah découvre rapidement que l’accident n’a rien d’un simple incident technique. Les mineurs ont ouvert une brèche vers R’lyeh, la cité engloutie qui sert de prison à Cthulhu. Les choses sérieuses peuvent enfin commencer !

 

Sans grande surprise, le jeu reprend le thème de la folie qui touche toute l’équipe. Ayant réussi, on ne sait trop comment, à établir des camps absolument partout sur leur chemin. Alors que notre pauvre Noah, pourtant enquêteur dans le paranormal depuis l’âge adulte, n’a pour sa part qu’une IA pas forcément très utile pour avancer.

Noah, KEY et le Vault :

Totalement à la première personne, Cthulhu : The Cosmic Abyss nous propose un mélange très savoureux de narration et d’exploration. Avec une gestion de notre santé mentale. Avec des airs de Sherlock The Awakened, qui plonge littéralement au cœur du mythe de Cthulhu, l’idée de base est très séduisante et m’a aussitôt parlé !

 

L’exploration et la déduction sont le cœur même du gameplay. Il faut fouiller chaque recoin des installations, déchiffrer des alphabets, jumelés à un système de journal et de notes. Et pour ça, nous avons KEY, notre IA, et le Vault.

 

Chaque détail de nos découvertes est stocké sur un écran complètement malléable. On peut classer, coupler, relier toutes les données, pour ensuite répondre à une des mécaniques du jeu : les déductions. Mais pas de hasard ici. En cas de mauvaise réponse, notre santé mentale en prend un coup ! À l’inverse, en cas de bonne réponse, le calme revient un tantinet.

En plus de cela, selon le mode de difficulté choisi, s’approcher et analyser les objets de culte rongent doucement notre santé. Des compétences récupérées sur des tablettes anciennes donneront des buffs à choisir, permettant ainsi de soigner un petit peu notre folie, ou de la stopper. D’ailleurs, une fois certaines parties du cerveau parasitées par la folie, elles deviennent inutilisables.

Un système d’analyse laissera la possibilité à KEY de nous donner plus d’informations sur les nombreux items pullulant partout. Parfois, c’est franchement utile, parfois c’est littéralement le nom de l’objet qui nous est validé. Sachant que chaque demande d’analyse demande un point d’énergie, il ne faut pas être trop gourmand !

Pas de combat, et pas de mainmise.

Contrairement à pas mal de thrillers d’exploration, Cthulhu : The Cosmic Abyss ne propose absolument aucun système de combat. Pas de combat rapproché, pas de tir, pas même de fuite « à la SOMA ». L’horreur est exclusivement mentale et environnementale. Ce qui peut décevoir les joueurs qui espéraient un peu plus de tension physique.

Le seul passage qui se rapproche vaguement d’un « défi » visuel est un moment où il faut marcher dans le vide, dans un décor très abstrait. Honnêtement, l’idée est plutôt banale et le passage passe vite de la curiosité au « on est obligé de faire ça ? » sans vraiment apporter de renouvellement au gameplay.

 

Ce qui est en revanche très rafraîchissant, c’est que dès qu’on rentre dans un chapitre semi‑open world, le jeu ne nous prend pas par la main. Pas de barre de mètres indiquant « à 142 m de l’objectif », pas de bande jaune, de flèche, ni de pointeur de navigation collé à l’écran.

On est livré à nous‑mêmes pour explorer, lire les indices, discerner les chemins possibles. Pour nous aider, il faut découvrir des matières spécifiques et les ajouter à un système de sonar. Celui‑ci permet ensuite de « scanner » des éléments et de les localiser dans l’environnement, ce qui donne une vraie impression de recherche active, plutôt que de suivre une ligne continue. Cette absence de guidage classique est l’un des points les plus réussis du jeu : elle force le joueur à observer, à cartographier mentalement les lieux, à connecter les indices, plutôt que de se laisser balader par un GPS intégré. C’est exactement le type d’expérience que j’attends d’un jeu d’exploration horrifique.

Sous l’océan !

Esthétiquement, le jeu est globalement joli, sans être une claque : les textures, les effets de lumière et les ambiances aquatiques sont propres et cohérents, mais on ne retrouve pas la finesse visuelle ou la densité de détails que l’on peut attendre d’un titre sortant en 2026, après avoir joué à The Sinking City sorti en 2019. En revanche, l’ambiance sonore relève nettement le niveau : les bruitages d’humidité, de gouttes, de pas dans l’eau, de métal qui grince ou de ronronnement lointain des machines créent une immersion appréciable.

Les doublages en anglais sont, eux, très bons : les interprétations sont crédibles, bien posées, et collent bien aux personnages et à la tension du moment. Les musiques, en revanche, sont souvent trop discrètes, voire carrément effacées, alors qu’elles auraient gagné à être plus présentes pour renforcer l’atmosphère d’horreur et de folie. Le jeu mise surtout sur le bruitage ambiant plutôt que sur une OST imposante, ce qui fonctionne, mais reste en dessous de ce qu’on pourrait espérer.

L’abysse des bugs, une progression infernale.

Malheureusement, ce jeu mérite tout un encadré particulier pour sa section bugs. J’ai parfaitement conscience que recevoir une clé 15 jours avant la sortie d’un jeu rend ce dernier encore perfectible, mais… comprenez aussi que c’est impossible de tester impartialement un jeu qui vous rend dingue.

Le chapitre 3, maudit :

Si les chapitres 1 et 2 n’avaient rien à critiquer (en dehors d’un choix douteux de level design pour une certaine quête qui m’a fait tourner en rond littéralement deux heures), le cauchemar a commencé à partir du chapitre 3, aka Le Temple.

Entre murs invisibles, saccades me donnant l’impression de jouer sur un PC des années 90, grésillements s’intensifiant jusqu’à rendre robotique le moindre petit son, à s’en faire saigner les oreilles, ma progression a été infernale et je me suis arrêtée un moment ici.

À ma reprise, plus aucune sauvegarde de ce côté du jeu : je reprenais systématiquement à ma chute devant l’entrée du temple avec « continuer » et « charger ». J’ai rapidement remarqué que ce chapitre n’avait littéralement plus aucune sauvegarde automatique. Était‑ce voulu ? Si oui, pourquoi ? Sinon, c’est clairement un bug. Pour éviter le grésillement, j’ai coupé le son… et nouveau bug. À la toute fin du chapitre, impossible de passer le portail. Zoom sur la lueur verte fluo et… plus rien.

Suite à la mise à jour 1.003.000, qui, je l’espérais, allait réparer tout ça, un nouveau bug est apparu dans le chapitre 3. Une fois une certaine mécanique validée, toute l’eau de la map a complètement disparu, laissant mon pauvre Noah dans un noir quasi total, rendant impossible la progression jusqu’au portail. Amusant pour l’exploration des lieux malgré la visibilité délirante, mais totalement déprimant vis‑à‑vis de l’avancée.

Pire encore, impossible de revenir en arrière : charger une partie me renvoyait soit dans mon saut de l’ange dans le vide, soit dans le temple, mais toujours sans une goutte d’eau. C’est donc une fois encore un retour au chapitre 1 qui s’offrait à moi, puisque la sélection de chapitre m’était maintenant inaccessible.

Chapitre 5, la malédiction, le retour !

Après un chapitre 4 très calme et sans problème, je pensais en avoir terminé avec tout ça et je me faufilais dans les tréfonds de ce rêve humide et poisseux pour terminer le jeu. Mais apparemment, je n’étais pas au bout de mes surprises !

Après le retour des grésillements stridents et des saccades à la moindre recherche via le sonar, me voilà donc incapable de traduire les inscriptions d’or sur mon Vault parce que… Pour dire vrai, aucune idée.

Un bug qui fait planter un trophée, ça ne me dérange pas, même si cela reste un bug. Le problème, c’est que par la suite, je me suis retrouvée face à la forge qui ne voulait vraiment pas prendre le bâton pour forger la boule, j’ai donc encore une fois dû refaire le chapitre parce que charger ne suffisait pas. Et puis à la fin, à la toute fin, alors que j’étais à deux doigts de récupérer la clé au‑dessus du gardien, j’ai accumulé 4 erreurs système de suite, avec la caméra du jeu qui tournait vers le sol, et j’ai perdu ma sauvegarde entière du jeu.

 

D’après Sony, l’erreur CE‑100028‑1 sur PS5 signifie en général que l’espace de stockage du SSD interne est insuffisant pour ce que la console essaie de faire (installation d’un update, mise à jour d’un jeu, sauvegarde, etc.). J’ai un 1 To de libre, mon cloud est libéré régulièrement. Faute du jeu ou de la patience de ma console, j’ai arrêté là.

Si un gros patch sort avec la sortie officielle du jeu, je lui redonnerais peut être sa chance.

Une aventure avortée qui me laisse très énervée.

Voilà la fin d’un test que je peux nommer un accouchement dans la douleur. Est‑ce que Cthulhu : The Cosmic Abyss est un bon jeu ? Avec un bon patch réglant les problèmes de la version testée, je le pense sincèrement.

Sur le papier, Cthulhu : The Cosmic Abyss a tout pour séduire un fan de Lovecraft. En pratique, c’est une autre histoire.

Est‑ce que je m’y suis amusée ? Là, c’est une autre histoire, j’en viens à en douter. À cause des bugs, des crashs et des migraines que m’ont collés les problèmes de sons et les pertes de fps, c’est un soulagement quand j’éteins la console. Quel bonheur qu’un jeu qui ne prend pas par la main et qui ose se jouer de nous avec Cthulhu comme thème… Un pur délice pour moi, qui s’est transformé en réel cauchemar pour de bien mauvaises raisons.

Le scénario, pour ce que j’en ai vu (5 chapitres sur 7), n’a rien de très novateur, mais le gameplay était très sympathique, l’immersion assez convaincante quand elle n’était pas massacrée. J’ai vraiment voulu l’aimer, mais malgré ma patience dans le domaine du jeu vidéo, je n’ai vraiment pas réussi à lui donner une chance de plus. Pour un jeu qui devrait demander grand maximum une dizaine d’heures, j’en suis arrivée à quinze, à cause de toutes les raisons citées plus haut, sans même l’avoir terminé. Si chaque jeu ne peut pas être unique et « Game of the Year » à chaque fois, il doit au moins être amusant. Et là, très franchement, c’était une vraie purge.

Conclusion :

Pour

  • Lovecraft
  • La liberté d’exploration
  • Des énigmes qui font vraiment réfléchir
  • Une ambiance confinée particulièrement réussie

Contre

  • Concrètement très cliché
  • Parfois infernal pour avancer
  • Le Vault très peu intuitif au début
  • La configuration des touches discutable
  • Des saccades et bugs à en avoir la nausée

Test – Cthulhu : The Cosmic Abyss

PampaPoulpe

Scénario / ambiance
Graphisme / Direction artistique
Gameplay
Intérêt

Conclusion

Cthulhu : The Cosmic Abyss reste un jeu d’ambiance avec une vraie identité lovecraftienne, un gameplay d’exploration et de déduction intéressant, et une volonté de ne pas prendre le joueur par la main. Malheureusement, la version testée est trop marquée par les bugs, les saccades, les pertes de sauvegarde et les instabilités sonores pour vraiment être une expérience agréable, encore moins une expérience de référence.

Pour un fan de Lovecraft qui cherche déjà une bonne immersion, un univers crédible et un gameplay plus abouti, je conseille plutôt de tenter l’aventure du côté de Sherlock Holmes : The Awakened, de The Sinking City (qui a récemment bénéficié d’un superbe remaster), ou encore, dans le domaine plus indé, de Conarium ou d’Amnesia : Rebirth. Des titres qui, eux, ne m’ont pas laissé au bord de la crise de nerfs.



2.8