Le spooky ne passe pas seulement par les images ! Pourquoi ne pas s’attarder sur les mots cette fois ? Les mots, bien plus sournois, qui se glissent doucement entre les pages, dans les recoins de notre quotidien ! « Quelque part dans la région du Kinki », de Sesuji appartient clairement à cette catégorie !
Publié en France par les éditions Seuil, ce roman s’est d’abord imposé au Japon ! Né d’une publication en ligne, il a dépassé les 700 000 exemplaires vendus. Et a même inspiré une adaptation cinématographique par Kôji Shiraishi (About a Place in the Kinki Region) Qu’ai-je pensé de ce piège de lecture ?
Lecture et avis donnés à l’aide d’une version numérisée du roman envoyée par l’éditeur que nous remercions !

Un dossier qui ne devrait pas exister ?
Si vous avez déjà lu les romans d’Uketsu, bon retour à la maison ! Dans le cas contraire, bienvenue à bord ! Le concept est assez direct : nous parcourons un dossier constitué par Yûya Ozawa, éditeur d’un magazine dédié au paranormal. Il rassemble articles, témoignages, extraits de forums, recherches en ligne et transcriptions de vidéos pour saisir ce qui se déroule autour d’un lieu mystérieux dans la région du Kinki, au Japon.
Les événements s’enchaînent rapidement : disparitions, suicides, faits insolites, rumeurs qui se répondent sans se superposer. Le lieu n’est désigné que par cette expression vague et troublante : « un certain endroit de la région du Kinki ». L’imprécision, le flou, c’est quelque chose qui marche vraiment bien dans les jeux comme Silent Hill, par exemple. Et j’avoue être plutôt friande de ce genre de choses sur le papier aussi.
« Lorsque tout le monde te vénère et te craint, tu finis par te prendre pour un dieu. Mais ensuite, tu tombes dans l’oubli. Que tu sois un dieu, un bouddha ou un monstre, si plus personne ne te connaît, ton existence s’efface. »

L’horreur par fragments
Ce qui rend Quelque part dans la région du Kinki singulier mais surtout très attirant, c’est sa structure. Le roman se déploie comme un puzzle médiatique. Blogs, entretiens, archives, commentaires en ligne, vidéos de chasses aux fantômes. Chaque fragment paraît d’abord sans importance, avant de s’accorder avec les autres.
C’est une horreur très contemporaine, nourrie par Internet, les forums et les vidéos amateur. On n’a pas peur seulement de ce qui rôde dans les montagnes japonaises : on a peur de la manière dont l’information circule, se déforme, attire les curieux et fabrique ses propres légendes.
Cette approche de lecture attire un public différent, prêt à se laisser séduire par l’expérience. Elle est moins monotone pour ceux qui peinent à se perdre dans un roman. C’est aussi une méditation sur le deuil, la vengeance, la famille et les traumatismes qui ne demandent qu’à resurgir. L’horreur n’a pas de forme précise, c’est plus le langage d’une douleur qui n’a jamais trouvé de sortie.

Le roman patchwork aux émotions éparpillées :
Quelque part dans la région du Kinki est un roman franchement curieux. Je l’ai trouvé intelligent, original et concrètement addictif. L’horreur c’est aussi l’infiniment triste et j’y ai trouvé mon compte ici, comme pour Strange Pictures ou certains Junji Ito.
Si vous avez aimé les romans d’Uketsu, si la J-horror vous parle, ou si vous cherchez simplement une lecture qui vous donne la chair de poule sans vous assommer de gore, foncez !
Je ne saurais que trop vous conseiller par contre de passer par la version papier, que je trouve sincèrement plus agréable avec ce genre de média où l’on utilise la structure même du livre.

- Quelque part dans la région du Kinki
- 10/10/2026
- Seuil
- 19,90€ en broché, 13,99€ en ePub
